La Canebière de Marseille

La Canebière de Marseille

La Canebière, cette large rue qui part du port vers l’est s’immisça dans l’histoire marseillaise au XVIIème siècle. Dès sa création elle fut une voie commerçante, d’abord modeste, puis de plus en plus luxueuse.

À l’avènement du Second Empire, la Canebière, est divisée en trois tronçons. Le premier, large de 11 mètres, nommé la Canebière, permet la communication entre le Lacydon et le cours Saint- Louis, où sont installées bon nombre de boutiques (certaines comme La Chapellerie ou la quincaillerie L’Empereur sont encore là aujourd’hui). Lui succède jusqu’à l’actuelle rue Garibaldi, la rue Noailles, large de huit mètres et véritable goulot d’étranglement, où sont installées les demeures des nobles marseillais. Enfin les allées de Meilhan continuent la voie jusqu’au couvent des Augustins aujourd’hui remplacé par l’église Saint-Vincent-de-Paul, où prennent place les foires, guinguettes et autres rassemblements populaires.

En pleine expansion d’abord vers l’est et le sud, à l’extérieur des limites de ses anciens quartiers, puis vers le nord avec la construction du port auxiliaire, la municipalité propose de conforter la situation centrale de la Canebière dans la ville. Elle est et restera l’axe de communication entre la ville médiévale, la ville de l’époque Moderne et la ville nouvelle. Le Conseil municipal décide en février 1859 d’agrandir les trois rues afin que celles-ci aient toutes une largeur minimale de 30 mètres selon les principes d’aération, de respiration et de mise en lumière dont ont besoin les quartiers.

L’ingénieur municipal Auguste Gassend réalise l’opération qui sera en quelle que sorte son entraînement avant de lancer l’aventure de la rue Impériale. Des expropriations, couvrant une surface d’un hectare et demi, et un emprunt de 9,5 millions de francs, venant compléter la subvention allouée par l’État, sont effectués.

L’inexpérience de la ville et de Jean-Marc Vaucher, l’architecte choisi par Gassend, rendit les débuts difficiles. L’architecte fut finalement remercié et remplacé par Henri Espérandieu qui s’était déjà fait remarqué lors de la construction de Notre-Dame de la Garde quelques années auparavant. L’élargissement est finalement achevé mais faute de moyens, la voie n’est pas parfaitement droite comme le prévoyaient initialement les plans mais légèrement oblique. De grands immeubles de type haussmannien sont construits de chaque côté de l’axe, que l’on compare dès lors volontiers à la rue Rivoli à Paris. Les bâtiments présentent un luxe ostentatoire nouveau dans des styles architecturaux multiples. Les immeubles de six niveaux accueillent au rez-de-chaussée des commerçants et aux étages supérieurs des logements. Les grands cafés qui y prennent place tel Le Grand Café Turc, deviendront rapidement des hauts lieux de la société marseillaise. De luxueux hôtels logent également dans les nouvelles constructions.

L’immeuble de l’actuel magasin C&A, réalisé par l’architecte Pot, (au N°53) est un témoignage de ce faste. La façade monumentale est ornée de quatre cariatides, ces statues féminines qui remplacent les colonnes, symbolisant ici  les quatre continents à travers l’animal que chacune tient dans ses mains (sphinx, éléphant, poisson ailé et dromadaire). Des balcons aux balustrades en fer forgé viennent s’ouvrir sur des fenêtres arrondies à chaque étage. Enfin une horloge rehausse gracieusement la façade. L’immeuble fut initialement occupé dès sa construction en 1863 par L’Hôtel du Louvre et de la Paix, jusqu’à sa vente en 1941. Compte tenu du faste de sa façade et de sa position privilégiée il s’agissait d’un des hôtels les plus prestigieux de la cité phocéenne. Il sera à ce titre été classé Monument Historique en 1982. Autres immeubles remarquables, l’Hôtel Noailles (aujourd’hui  Commissariat de Police du 1ier arrondissement) et le Grand Hôtel de Marseille, tous deux réalisés par l’architecte Bérangier.

Des arbres furent plantés sur les larges trottoirs, dés lors lieux de promenade, de divertissement,  mais aussi d’apparat et d’affichage de la réussite sociale des riches marseillais. Le tramway électrique fit son apparition sur La Canebière en 1899, pour en être supprimé dans les années 1950. Les marseillais, sans doute nostalgiques de ce moyen de transport, l’ont réinstallé sur le même tracé en 2007.