La rue Impériale est le symbole du visage nouveau de Marseille

La rue Impériale est le symbole du visage nouveau de Marseille

 Lorsque la rue Impériale prend son destin en main au début du XIXème siècle, rien n’annonce le percement de cette voie. C’est l’expansion des ports, de part et d’autre de la colline du Lazaret et leur activité débordante qui nécessiteront sa création. Isolés géographiquement l’un de l’autre et communiquant avec difficultés, les nouveaux bassins artificiels et le premier port doivent être reliés.

L’implication de Jules Mires dans le projet de la rue Impériale

La rue Impériale est un concentré des relations entre les multiples acteurs de Marseille pendant le Second Empire et l’objet de grandes spéculations. On doit sa création au banquier Jules Mirès, même si celui-ci n’en tirera aucun profit. Lorsqu’il acquiert les terrains de la Joliette, du Lazaret et d’Arenc entre 1854 et 1856 via sa Société des ports de Marseille, la jetée du large de la Joliette est déjà construite et le bassin en activité. Mais la zone est toujours enclavée. Ambitieux, l’homme souhaite orienter son activité portuaire en coopération avec les quartiers dynamiques du sud. Ainsi propose-t-il au Conseil municipal au printemps 1858 de réaliser, moyennant subventions, un plan de nivellement radical de la butte du Lazaret.

Le Conseil, Talabot mais aussi les frères Pereire, banquiers et spéculateurs à l’origine des banques privées de crédit, rejettent l’idée d’un revers de la main, irréalisable, folle. L’impossible dessein fait toutefois son chemin dans les bureaux de l’Hôtel de ville et dans l’esprit des Pereire et de Talabot.

Les frères Pereire s’immiscent dans le projet de la rue Impériale

Lorsque Napoléon III se rend à Marseille en 1860, les projets concernant la rue Impériale sont déjà bien avancés. L’Empereur est sollicité pour donner son accord à la création de la voirie et pour allouer une subvention à la ville, choses qu’il fit bien volontiers. Après un premier projet prévoyant d’araser la totalité de la surface entre les deux ports comme le proposait Mirès, est adopté, le 15 avril 1861 par déclaration d’utilité publique, l’ouverture d’une voirie, futur axe majeur de la ville unifiée, dans la butte des Carmes. Les frères Pereire parviennent à supplanter Mirès, signant son arrêt de mort dans les affaires marseillaises en s’immisçant au projet le 14 août 1862 à travers un accord passé avec la ville.

Celle-ci, selon ses propres projets, réalise le percement et le nivellement des terrains tandis que les Pereire s’engagent à mener les expropriations et à financer la construction des bâtiments du premier tronçon de la rue selon leurs propres plans.

La rue sera composée de deux tronçons ponctués par une place centrale (aujourd’hui place Sadi-Carnot).

Leur Compagnie immobilière acquiert le tronçon commençant au Lacydon. Les superficies sont immenses, les deux hommes sont confiants, la spéculation sera importante. L’entreprise est gigantesque. Les exemples comparables ne se trouvent qu’à la capitale. 16 000 personnes occupant 935 maisons dans 38 rues sur un périmètre de 100 000 m2 sont expropriées sur une période de  8 mois. Le coût des indemnités s’élève à 34,7 millions de francs.

Le chantier de la rue Impérial

Une fois les expropriations effectuées, le chantier peut commencer. Il sera grandiose. Les maisons sont détruites, les rues cassées. Le nivellement prévu, d’une surface totale de plus de dix hectares, nécessite des moyens extraordinaires: des terrassiers sont appelés en grand nombre (2500 ouvriers au total), des tombereaux à chevaux travaillent sans cesse, mais c’est surtout la vapeur qui fait une entrée éclatante. La butte, ce massif éperon rocheux, doit être aplanie et elle le sera après vingt mois de travaux. Les 800 000 m3 de déblais sont acheminés par quatre voies ferrées débouchant à l’ancien port, aux terre-pleins des docks et aux anses d’Arenc et de la Madrague. La locomotive devient un élément essentiel au chantier, elle fait gagner du temps, et donc de l’argent.

Inouïe, grandiose, extraordinaire, les adjectifs sont nombreux pour qualifier l’opération. Pourtant certains, comme les habitants des quartiers limitrophes, ne l’ont pas vécu de la sorte. Le bruit, la poussière, l’isolement ont pesé sur ces familles qui peinaient à circuler et à s’approvisionner.

À la Saint-Napoléon, le 15 août 1864, la butte a disparu, la rue est inaugurée. 1083 mètres de long pour 25 mètres de large. L’ingénierie vient de faire un pas en avant, Marseille aussi.