L’architecture de la rue Impériale

L’architecture de la rue Impériale

Des immeubles structurés

En 1866, la rue est finalement dotée d’immeubles modernes sur toute sa longueur. Le parti pris a été celui de l’unité. Les 60 000 m2 de bâtis neufs respectent les directives municipales: six étages et demi dont un attique sous toiture, un escalier central donnant sur une cour intérieure rectangulaire, un alignement parfait d’un îlot à l’autre, des balcons en fer forgé et enfin l’installation du gaz et de l’eau à tous les étages grâce au tout récent canal de Marseille.

La fonte et le fer, matériaux symboles de cette ère industrielle, ont pour la première fois été utilisés à si grande envergure dans la cité phocéenne. Malgré une liberté de décor, les immeubles forment un ensemble cohérent qui illustre une certaine richesse de style éclectique couvrant une période partant de la Renaissance jusqu’au XVIIIème siècle.

La première partie, réalisée par l’architecte des Pereire, le lyonnais Ponthieu, présente un luxe chiche d’inspiration historiciste rappelant les immeubles haussmanniens de Paris. La rue avait vocation à être un grand axe commercial, aussi des sculptures décoratives ont-elles été réalisées afin d’illustrer l’apparat des moyenne et haute bourgeoisies.

Les immeubles sont composés de profondes boutiques au rez-de-chaussée, d’un entre-sol auquel succèdent deux étages de grands appartements puis trois étages de logements plus modestes et enfin les combles.

L’absence d’écuries dans les bâtiments nous montre que les immeubles n’étaient pas destinés à la grande bourgeoisie. En effet, les calèches étaient à cette époque le moyen de locomotion de cette classe sociale, et même en ville, les écuries étaient attenantes aux demeures.

La structure de la rue Impériale

La place Centrale, la seule du Second Empire avec la place de la Préfecture, s’inscrit dans la lignée des réalisations de l’architecte marseillais Pierre Puget (1620-1694). Elle donne sur les rues et îlots haussmanniens formant un carrefour en patte-d’oie,  comme le qualifie Jean-Marie Perouse Demonclos dans son ouvrage Architecture, méthode et vocabulaire…

Les façades, toutes rigoureusement identiques, présentent des colonnes engagées munies de chapiteaux d’ordre corinthien aux étages nobles rappelant celles du palais de la Bourse.

La deuxième partie de la rue présente quant à elle des îlots plus modestes. Les portes sont plus étroites, les décorations sont plus rares. Ce sont principalement des entrepreneurs qui eurent à charge la construction de ce tronçon et il est assez flagrant que les visées n’étaient pas les mêmes que pour la première partie de la rue. Trop éloignée de la vieille ville et de ses commerces, cette partie de la rue avait vocation à accueillir une population de classe moyenne pour les appartements de façade et de classe ouvrière pour ceux côté cour.

Si sa vocation première d’axe de communication fut un franc succès, les logements que la rue avait fait fleurir ne connurent pas le même engouement. Les marseillais préférèrent pendant longtemps les maisons avec jardins qui composaient l’ancienne ville. La valeur des immeubles atteint des sommes si élevées qu’ils restèrent invendus de longs mois, empêchant les banquiers de rembourser les dettes qu’ils avaient contractées au début de l’opération. La crise immobilière du début des années 1860 en fut une conséquence et la Compagnie immobilière des Pereire finit par subir la spéculation grâce à laquelle ils s’étaient enrichis et elle fit finalement faillite à la fin des années 1860. Ce n’est qu’à la fin du siècle que les appartements intéresseront enfin  les marseillais.

Renommée rue de la République sous la IIIème République, elle connut un lent déclin et sa partie nord fut en grande partie laissée à l’abandon pour des raisons essentiellement pécuniaires.

Les plans d’urbanisme de la ville l’ont aujourd’hui replacée au cœur des préoccupations et elle connaît depuis une demie douzaine d’années une renaissance grâce à l’arrivée du tramway, le rachat d’un certain nombre d’immeubles désormais en cours de rénovation.

La réouverture de boutiques commerçantes sur sa partie basse sont autant de raison qui lui donnent aujourd’hui un nouvel élan.